Sh2-119: Clamshell nebula

Parmi les nombreuses nébuleuses en émission qui peuplent la constellation du Cygne, Sh2-119 (également cataloguée sous le nom de LBN 190) est une région HII relativement peu connue du grand public, mais qui présente un intérêt certain pour les astrophysiciens étudiant la formation stellaire et l’interaction entre les étoiles massives et leur environnement.

 Localisation et caractéristiques

Sh2-119 est située à environ 2 000 années-lumière de la Terre, dans le bras d’Orion de notre galaxie. Elle s’étend sur environ 30 années-lumière de diamètre, ce qui en fait une nébuleuse de taille modeste comparée à ses voisines célèbres comme la nébuleuse de l’Amérique du Nord (NGC 7000) ou la nébuleuse du Pélican (IC 5070), toutes deux situées dans la même région du ciel.

 Une bulle soufflée par une étoile massive

Sh2-119 est une nébuleuse en émission, c’est-à-dire un nuage de gaz (principalement de l’hydrogène) ionisé par le rayonnement ultraviolet d’étoiles chaudes et massives. L’étoile responsable de l’ionisation de cette nébuleuse est 68 Cygni, une étoile de type spectral O (une géante bleue extrêmement chaude, avec une température de surface dépassant les 35 000 K).

Le rayonnement intense de 68 Cygni arrache les électrons des atomes d’hydrogène. Lorsque ces électrons se recombinent avec les protons, ils émettent la lumière rouge caractéristique de la raie Hα (à 656,3 nm), qui domine l’apparence de la nébuleuse.

Sh2-119 présente une morphologie de coquille ou de bulle partiellement ouverte. Cette structure est typique des régions HII entourant une étoile massive : le vent stellaire et la pression de radiation de l’étoile centrale repoussent le gaz environnant, créant une cavité et une coquille de gaz ionisé. Dans le cas de Sh2-119, la coquille semble partiellement brisée ou déformée, probablement en raison d’interactions avec le milieu interstellaire environnant ou avec d’autres vents stellaires.

 Composition et physique

Comme la plupart des régions HII, Sh2-119 est principalement composée d’hydrogène (environ 90 %), d’hélium (environ 10 %) et de traces d’éléments plus lourds (oxygène, azote, soufre, etc.). Le rayonnement ultraviolet de 68 Cygni ionise l’hydrogène, créant une région de plasma à une température d’environ 10 000 K.

Formation stellaire : La compression du gaz à la périphérie de la bulle peut déclencher une nouvelle génération de formation d’étoiles. On observe dans Sh2-119 plusieurs zones de poussière sombre et des globules de Bok sites de formation stellaire future ou en cours. Des études en infrarouge (avec Spitzer ou WISE) ont révélé la présence de jeunes objets stellaires (YSO) dans la région.

Interaction avec le milieu interstellaire : Sh2-119 n’est pas isolée. Elle se trouve dans une région complexe du bras d’Orion, à proximité de la grande nébuleuse de l’Amérique du Nord et de la nébuleuse du Pélican. Les interactions entre ces différentes régions HII et les vents stellaires multiples créent une structure filamentaire et turbulente qui intéresse les spécialistes de la dynamique des gaz interstellaires.

Étoile centrale : 68 Cygni est une étoile de type O7.5 III(n), une géante bleue en fin de vie sur la séquence principale. L’étude de son rayonnement et de son vent stellaire permet de mieux comprendre l’évolution des étoiles massives et leur impact sur leur environnement.

 Observation et astrophotographie

Pour l’astronome amateur, Sh2-119 est un objet difficile à observer visuellement en raison de sa faible brillance de surface. Elle a un diamètre apparent d’environ 2 degrés. En revanche, c’est une cible de choix pour l’astrophotographie, notamment avec des filtres à bande étroite (Hα, OIII, SII). Avec les nébuleuses de l’Amérique du Nord et du Pélican, elles forment un vaste complexe de gaz ionisé.

En pose longue avec un filtre Hα, Sh2-119 révèle une structure filamenteuse complexe, avec des zones de gaz plus dense et des cavités creusées par le vent stellaire. Les images en fausses couleurs (palette Hubble, SHO) permettent de mettre en évidence les différentes zones d’ionisation et de choc.

Le 23 mars 2026 – lieu de prise de vue: Grandfontaine (25) Bortle 6

75 poses de 120″ avec une caméra ASI533MC sur un objectif Samyang 135 + EAF et filtre Antlia TriBand. Monture StarAdventurer mini. Pointage manuel, acquisition et mise au point sur Kstars/Ekos.

Workflow:

Prétraitement sur Siril avec DOF. Astrométrie et étalonnage des couleurs par spectrophotométrie.

Scripts Python: AutoBGE, Aberration remover, GraXpert background extraction, RC Astro StarXterminator, SyQon Prism, SyQon Parallax. Etirement: VeraLux Hypermetric Stretch. VeraLux Curves.

Séparation des couches RVB et Ha, SII, OIII avec DBXtract 

Montage starless des différentes couches, soustraction du continuum et starmask sur Photoshop, ajustement des niveaux et couleurs.

Remarque: beaucoup de passages nuageux de haute altitude m’ont fait perdre 30% des prises. Temps total utilisé: 2h20. Il faudra plus de temps d’acquisition pour faire ressortir les fins détails dans les nuages de gaz.

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